Dire « Bonjour à toutes et à tous » à un public semble une manière élégante de s’adresser à tout le monde. Ainsi le pensait sans doute le Général De Gaulle quand il commençait ses discours par « Françaises, français ». 

Tant qu’il s’agit d’une sorte de coquetterie ce n’est pas bien grave. Mais lorsque cette pratique se généralise elle fait passer ceux qui n’y adhèrent pas pour des malotrus. Et c’est ce que nous constatons actuellement.

Le phénomène a d’abord touché les pronoms « ceux » et « tous », maintenant presque systématiquement remplacés par « celles et ceux » ou « toutes et tous » dans les discours des personnages politiques et les propos de journalistes.

Mais au-delà de ces seuls pronoms, cette épidémie touche désormais un grand nombre de substantifs. Après les « citoyennes et citoyens », « parisiennes et parisiens » et leurs équivalents, ce sont maintenant les noms de métiers qui sont ainsi déclinés. On nous parle donc des « directeurs et directrices du personnel » ou des « auteurs et autrices ». Comme tous les phénomènes contagieux celui-ci génère des variants spécifiquement nuisibles comme le fameux « toutes celles et ceux » qui n’a aucune logique.

Le problème est que cet usage systématique impose l’idée qu’il s’agit non pas d’une figure de style mais d’une norme, d’une règle de grammaire. Que « tous », « ceux », « parisiens » ou « auteurs » ne soient plus présents qu’accompagnés de leur version féminine invite le public à comprendre (et les enfants à apprendre) que ces substantifs ne désignent intrinsèquement que des membres masculins.

Celui qui utilise « tous » pour désigner un ensemble d’hommes et de femmes sera donc considéré comme oubliant les femmes, ou les méprisant. Alors qu’il ne fera qu’appliquer la règle de grammaire qui veut en réalité que « toutes » s’applique si les éléments regroupés sont tous féminins, et que « tous » s’impose dans le cas contraire. Nous n’entrerons pas ici dans les débats sur l’origine de cette règle ou son bien-fondé pour constater simplement que c’est la règle de grammaire en vigueur dans notre langue.

Il est donc tout à fait anormal que celui qui se contente de l’appliquer soit désormais catalogué comme misogyne, anti-féministe ou simplement non-féministe (ce qui est déjà très grave socialement). Or c’est bien ce qui se passe. Nous avons tous vu des orateurs essayer de s’adresser à leur public en disant « Bonjour à tous ! », ils ont dû s’en expliquer. Ces réfractaires sont en voie de disparition, et tout le monde clame désormais « Bonjour à tous et à toutes », soit par conviction soit par facilité, c’est-à-dire sous la pression.

Ce mécanisme, qui tend à présenter comme hostile aux femmes celui qui n’applique pas le dernier cri des pratiques considérées comme féministes, alimente donc la contagion et il va devenir très difficile de freiner la propagation de ce fastidieux doublonnage.

Cette vague est alimentée par une pression sociale omniprésente. Le seul moyen de l’endiguer est de continuer à appliquer la règle de grammaire qui nous a été apprise à l’école. Règle qui s’applique à tous. Petits et grands. Hommes et femmes. Tous.

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