Seuls sont audibles dans nos medias les défenseurs d’Israël qui dénoncent avec force le gouvernement israélien. A l’opposé, rarissimes sont les défenseurs de la cause palestinienne qui dénoncent le Hamas. Les premiers doivent avant tout critiquer les membres « infréquentables » de leur camp. Les seconds appartiennent à un camp où personne n’est infréquentable.
C’est Alain Finkielkraut qui nous apporte une preuve supplémentaire de cette choquante asymétrie. Samedi 9 mai sur France Culture, il reçoit dans son émission « Répliques » Elie Barnavi et Elias Sanbar, auteurs respectivement d’un Dictionnaire amoureux d’Israël et d’un Dictionnaire amoureux de la Palestine.
Les premiers mots de Finkielkraut sont pour sommer Elie Barnavi de s’expliquer : comment peut-on dire son amour d’un pays qui commet tant de massacres ? Et il cite Greta Thunberg : « how dare you ? » (comment osez-vous ?).
Il y a évidemment du second degré dans cette citation, tant Greta Thunberg représente à bien des égards ce que Finkielkraut déteste. Toutefois l’attaque contre Elie Barnavi n’est pas caricaturée, les propose de Finkielkraut n’ont pas pour objectif de se moquer de Greta Thunberg, il s’agit bien de questionner la démarche d’Elie Barnavi. Et celui-ci d’expliquer qu’évidemment il se désolidarise du gouvernement israélien mais qu’il reste amoureux de ce pays.
On voit bien la démarche de Finkielkraut qui, dans son permanent souci d’équilibrer les propos tenus dans son émission quand ses invités sont de bords opposés, critique successivement leurs positions respectives.
On attend donc que vienne la même attaque contre Elias Sanbar, sous la forme « comment peut-on dire son amour d’un pays (ou d’un peuple) qui a commis tant de massacres, en particulier les horreurs du 7 octobre 2023 ? ». Cette question ne viendra pas. Le 7 octobre 2023 est cité, mais seulement comme un fait historique, presque un élément du décor, jamais comme un élément à charge contre les Palestiniens, comme quelque chose qu’on pourrait leur reprocher.
Forte asymétrie donc. Elie Barnavi doit se désolidariser avec le gouvernement israélien (il le fait très volontiers) mais à aucun moment Elias Sanbar n’est appelé à critiquer le Hamas.
Plus loin, Finkielkraut traite les ministres extrémistes du gouvernement Netanyahou de « répugnants fanatiques ». On suppose que les terroristes du Hamas vont avoir droit au même traitement. Jamais. Et lorsque Finkielkraut lance des pierres dans le jardin d’Elias Sanbar, il cite Amin al Husseini et Ahmed Choukayri. Amin al Husseini, grand mufti de Jérusalem à partir de 1921, a été un leader essentiel de la cause palestinienne qu’il a menée sur la voie de la violence antisémite avant de soutenir les nazis pendant la seconde guerre mondiale (mais Finkielkraut n’évoque son rôle que de manière édulcorée en ne mentionnant son activité que dans les années 40). Quant à Ahmed Choukayri, il a été le premier chef de l’OLP (de 1964 à 1967) et a appelé au massacre des israéliens avant la guerre des six jours.
Il est évidemment facile à Elias Sanbar de répondre que tout cela c’est du passé, que le problème se situe aujourd’hui, et que le problème aujourd’hui c’est le gouvernement israélien. Finkielkraut n’insistera pas et ne mentionnera à aucun moment les actes de terrorisme des Palestiniens, ni la duplicité de Yasser Arafat et par exemple son refus des propositions pourtant excessivement généreuses de Ehud Barak. Ni surtout le refus de la part des Palestiniens de l’état que le partage de 1948 leur proposait.
Quant au Hamas, une fois de plus il apparaît comme la création de Netanyahou.
Globalement pendant les 50 minutes que dure l’émission, le mot « crime » n’est associé qu’à Israël, avec parfois des facteurs aggravants (crime de guerre, crime contre l’humanité). Aucun terme approchant n’est associé aux Palestiniens. Aucun reproche ne leur est fait, à part donc les références historiques vieilles de 60, 80 ou 100 ans
Tout cela est profondément choquant.
Que Netanyahou et ses ministres soient critiquables c’est une évidence. Mais le Hamas et tous ses soutiens le sont aussi. Or personne ne les critique. Pour être audible, au sens premier du terme c’est-à-dire pour être reprise par la presse, une voix qui veut défendre Israël doit avant tout montrer patte blanche et critiquer le gouvernement Netanyahou. De Delphine Horvilleur à Elie Barnavi (en passant désormais par Alain Finkielkraut), seuls existent dans nos media ceux qui suivent cette voie. Je ne les accuse pas de le faire par calcul, je crois en leur sincérité, mais force est de reconnaître que ce « droit d’inventaire » (expression popularisée par Lionel Jospin et reprise dans cette émission de Finkielkraut) est ici systématique.
De l’autre côté, voit-on la même chose ? Jamais. A aucun moment Elias Sanbar ne critique le Hamas et de manière générale aucun défenseur de la cause palestinienne ne commence son propos en affirmant que les membres du Hamas sont des « répugnants fanatiques ». Tout le monde ordonne à Israël de faire la distinction dans ses frappes entre les membres du Hamas (supposément coupables) et les civils gazaouis (forcément innocents) mais cette injonction n’est pas adressée aux défenseurs de la cause palestinienne. A aucun de ces derniers on ne demande de se désolidariser du Hamas. Derrière le drapeau palestinien, si souvent brandi en des lieux et dans des circonstances absurdes, les belles âmes les plus pures côtoient sans honte le Hamas et les pires des massacreurs.
Cette asymétrie frappante est tellement impérative dans nos médias que même Alain Finkielkraut l’applique désormais dans ses émissions.
Gauchiste un jour, gauchiste toujours…
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