Journal de 7 heures de France Inter vendredi 28 juin. Il s’agit du dernier jour où il est possible aux radios de traiter de sujets de politique française dans leurs journaux avant le premier tour des Législatives. France Inter nous propose donc une sorte de bouquet final de ses biais journalistiques.
Pendant la partie de ce journal consacrée à la politique française (partie qui représente les deux tiers du total) plusieurs thèmes sont abordés mais à chaque fois le contenu est identique : on critique le Rassemblement National, et on ne fait que ça. Aucune pluralité d’opinion, les journalistes comme les autres intervenants font des reproches aux membres du RN ou fustigent son programme, aucun autre avis n’est exprimé.
Parfois, pour enrichir le propos, on dit du bien du Nouveau Front Populaire et de son programme. Et là non plus aucun avis contraire ne vient tempérer le propos. Tout est à sens unique.
Aucun autre parti politique n’est cité.
Et pour boucler cette partie on nous apprend que l’ARCOM a reproché à Europe 1 son manque de mesure et d’honnêteté.
Une précision : je ne vote pas RN et j’appelle à ne pas voter RN.
Mais je pense que la radio de service public n’est pas dans son rôle en consacrant l’intégralité de la partie politique de son journal à dire du mal du RN et, plus marginalement, à dire du bien du NFP. Ce n’est pas de l’information, c’est de la propagande.
Voici donc la teneur précise de ce journal. Pour alléger la transcription j’ai supprimé quelques passages qui apportent peu d’informations. Les citations des journalistes et des intervenants, qui figurent entre guillemets, sont du mot à mot.
Il commence par l’énoncé des sujets qui seront traités.
« A la une de l’actualité, Emmanuel Macron dénonce la parole désinhibée, le racisme et l’antisémitisme dans le débat public. (…) Alors que la campagne se termine ce soir, nous verrons que tous les entrepreneurs ne renvoient pas dos à dos tous les programmes. Certains, passés par de grandes écoles soutiennent le Nouveau Front Populaire. »
Puis la journaliste annonce d’autres sujets sur l’Iran et départ du Tour de France depuis Florence.
« Et à suivre ce matin 7h45 le débat éco sur un sujet peu abordé de la campagne, les conséquences économiques potentielles du projet du Rassemblement National concernant l’émigration. (…)
Alors que la campagne prend fin ce soir, à minuit, Emmanuel Macron lance ses dernières flèches contre le Rassemblement National. (…) il a tenu à répondre aux sorties de Marine Le Pen qui affirmait hier contrairement à l’article 15 de la constitution que le titre de chef des armées n’était qu’honorifique, et aux prises de position d’un député RN sortant (…) (qui) a expliqué qu’un ministre ne pouvait pas être binational citant le cas de Najat Vallaud-Belkacem (…) De quoi faire réagir le chef de l’état qui jusqu’à présent n’avait eu de cesse de renvoyer dos à dos ceux qu’il a lui-même nommés « les deux extrêmes ».
« Ils ont de la chance que la campagne se termine » souffle un conseiller car le vernis craque. Cette attaque contre Najat Vallaud-Belkacem c’est à ses yeux (c’est Emmanuel Macron qui parle ensuite) « une dissolution des esprits et des consciences et je ne m’y résous pas. Et je ne m’y résoudrai jamais, quoiqu’il arrive (…). Ce qui se joue dans la parole désinhibée, le racisme , l’antisémitisme dit quelque chose d’une trahison profonde de ce qu’est la France, de ses valeurs (…) ».
Ce matin l’un des cofondateurs d’En Marche et ancien conseiller d’Emmanuel Macron alerte contre la tentation du ni-ni. Philippe Grandjean estime que placer l’extrême droite et La France Insoumise, qui n’est qu’une partie de la coalition du Nouveau Front Populaire sur un pied d’égalité est dangereux. Il plaide pour des consignes claires en faveur des candidats qui s’opposeront au RN.
Hier soir lors du dernier débat entre Jordan Bardella, Gabriel Attal et Olivier Faure, le Premier Ministre a accusé le RN de présenter une centaine des candidats, presque un sur cinq, pour lesquels on a trouvé des propos racistes, antisémites et homophobes. L’un des candidats du RN qui doit d’ailleurs faire face au tribunal administratif de Lyon. Sur ses bulletins de vote il a collé la mention « président de région ». Le vrai président de Région est Laurent Wauquiez. »
Est ensuite abordé le sujet du logement.
« (…) Côté Nouveau Front Populaire le chapitre est dense hausse de 10% des APL généralisation de l’encadrement des loyers et des prix du foncier dont la flambée participe à la hausse des prix de l’immobilier élargissement de l’accès au prêt à taux zéro, c’est une partie du programme. Le NFP prévoir aussi de de lancer un grand plan de construction de logements sociaux. 200.000 par an pendant 5 ans (…). Énorme effort financier jusqu’à 10 mds d’euros mais cela aura aussi vocation explique-t-on à participer à la relance de l’économie. Enfin du côté du RN la priorité nationale dans les attributions HLM, anticonstitutionnelle, n’est pas reprise à court terme mais reste un horizon assurent ses porte-parole. En attendant le RN veut expulser plus systématiquement je cite « les fauteurs de trouble du parc social » (…)
Un millier de diplômés de Grandes écoles refusent de suivre les consignes du patron du Medef qui renvoie dos à dos Rassemblement National et Nouveau Front Populaire dont les programmes selon Patrick Martin sont dangereux pour l’économie française. Dans une tribune hier dans le Nouvel Obs ces signataires sortis de HEC de l’ESCP de l’ESSEC au d’autre écoles prestigieuses prennent le contrepied. (…) »
On nous donne alors à entendre l’un de ces « entrepreneurs », diplômé de HEC, qui a créé une entreprise et l’a revendue plus de 100 millions d’euros. « Il soutient le programme économique et écologique du NFP » : « Je ne suis absolument pas d’accord pour dire que préserver l’environnement, se battre pour le partage des richesses c’est contre la survie de l’économie. Bien sûr que l’économie ne va pas s’effondrer si la NUPES arrive au pouvoir. C’est même le contraire, si à long terme on ne fait rien pour l’environnement et si on laisse les inégalités s’accroître, là l’économie va s’effondrer. »
Puis une autre signataire est interrogée : « Je pense qu’on a une tendance à caricaturer les patrons et le patronat. Au quotidien je travaille avec des dirigeants qui n’ont qu’une seule envie, c’est faire que leur entreprise s’intègre au maximum dans la transition écologique et de respecter les ressources naturelles et qui ne sont pas aidés par les politiques publiques par la fiscalité ».
« Ces diplômés constatent que les idées du Rassemblement National imprègnent et progressent dans les élites économiques. Cette tribune critique aussi vivement le programme du RN jugé xénophobe populiste, économiquement incohérent et illisible.
A noter encore que l’ARCOM, l’autorité de régulation de l’audiovisuel, met en demeure Europe 1 pour manque de mesure et d’honnêteté depuis que Cyril Hanouna a pris les commandes d’une émission quotidienne de deux heures avec une ligne ouvertement pro extrême droite ».
Puis on passe à d’autres sujets. Et qu’il s’agisse des élections en IRAN ou du Tour de France on cesse de mentionner les méfaits du RN ou les bienfaits du NFP.
Deux tiers du journal (huit minutes) auront donc été consacrés à une critique systématique du Rassemblement National, agrémentée de quelques propos favorables au Nouveau Front Populaire. Ce n’est pas du journalisme. C’est de la propagande pure. Sur la radio de service public.