Il est assez facile de critiquer les décisions prises contre le Covid ou au contraire de les défendre. Il est beaucoup plus difficile d’évaluer leur efficacité. Les circonstances nous apportent aujourd’hui une exception : la restriction de fréquentation imposée dans les stades. La politique appliquée au UK permet d’estimer l’impact de cette contrainte. Apparemment il est nul.

Depuis le 3 janvier, les rassemblements en extérieur sont limités en France à 5.000 personnes. Cela s’applique entre autres aux stades de foot, quelle que soit leur nombre de places. Il est évidemment impossible de juger de l’impact de cette décision. Le nombre de nouveaux cas augmente actuellement de manière spectaculaire, serait-ce pareil ou pire sans cette mesure ? En toute rigueur on ne peut pas le dire.

Mais la situation au Royaume-Uni peut donner un éclairage intéressant. Non seulement la fréquentation des stades n’y est pas limitée mais en outre par tradition de nombreux matchs de football ont lieu autour de la fin de l’année. Pour ne considérer que les matchs de Premier League (la première division anglaise) et de coupe, ce sont en tout 45 matchs qui ont eu lieu entre le 28 décembre et le 10 janvier. En détaillant un peu : 7 matchs de championnat entre le 28 et le 30 décembre, rassemblant en moyenne 33.000 spectateurs chacun (source L’Equipe), puis 8 matchs entre le 1er et le 3 janvier (38.000 spectateurs chacun en moyenne) et enfin 30 matchs entre le 8 et le 10 janvier (16.000 spectateurs, il s’agit pour certains de clubs plus modestes).

Ce sont donc en tout plus d’un million de supporters qui se sont rassemblés dans des stades qui regroupaient en moyenne 23.000 personnes chacun. Ces stades étaient tous quasiment pleins, la promiscuité y était donc importante (il ne s’agissait pas de 23.000 spectateurs sagement répartis sur 50.000 places).

Apportons ici une précision statistique : il est probable que certains spectateurs soient ici comptés plusieurs fois. Par exemple sur cette période trois matchs ont eu lieu sur le terrain de Manchester United. De nombreux supporters ont évidemment assisté à deux ou trois de ces matchs. Le nombre exact est donc sans doute inférieur au million mais il reste certainement supérieur à 800.000.

On peut toutefois largement compenser ce phénomène en considérant les matchs du championnat anglais de Rugby (il n’y a pas que le foot dans la vie). Des journées de championnat se sont jouées aux mêmes dates que pour le football. Sur la base des nombres de matchs respectifs et des affluences moyennes des deux championnats, les supporters de Rugby représentent à peu près 25% de ceux du football, leur apport nous fait donc repasser au-dessus du million.

Voilà donc au moins un million de personnes qui ont vécu une situation que le gouvernement français a jugée dangereuse, a voulu éviter et a donc interdite. Ce nombre est tout à fait significatif si on le compare au nombre des nouveaux cas quotidiens au Royaume Uni (autour de 150.000 en moyenne sur ces dernières semaines). Si ces brassages de supporters, copieux et répétés, avaient un effet significatif sur la contagion on devrait voir la vague Omicron s’amplifier ou au moins se prolonger autour de cette période. Or c’est le contraire que montre le graphique ci-dessous. 

Ce graphique représente le nombre de nouvelles contaminations quotidiennes (en moyenne glissante sur 7 jours) en France et au Royaume Uni (précisons que la population de ces deux pays est presque identique, proche de 67 millions d’habitants).

L’explosion des cas liés à omicron a eu lieu à partir du 15 décembre au Royaume-Uni. Elle semble y avoir atteint un sommet autour du 4 janvier et décroit depuis de manière significative. En France la hausse liée à omicron a commencé plus tard (sans doute autour du 25 décembre) et elle se prolonge sans ralentir.

Je me garderai bien d’établir une relation directe entre les politiques différentes des deux pays et les évolutions différentes de l’épidémie. Les facteurs explicatifs sont trop nombreux pour se risque à énoncer des relations de cause à effet. Néanmoins le nombre des supporters anglais concernés et la nette divergence entre les deux courbes sont assez significatifs pour nous autoriser une conjecture : l’affluence dans les stades n’a sans doute pas d’effet sensible sur la propagation du virus. Pour croire le contraire il faudrait croire aussi que sans ces matchs de foot la courbe se serait inversée plus tôt et plus nettement au Royaume-Uni et que la vague omicron y aurait donc été deux fois plus faible qu’en France. Cela semblerait tout à fait surprenant.

Par conséquent il apparaît que les mesures de restriction prises dans les stades sont très certainement inutiles et devraient donc être annulées.

Un commentaire sur « Limiter l’affluence dans les stades est inefficace »

  1. Je ne peux m’empêcher d’être admiratif pour notre courbe qui est 2 – 3 fois plus raide et qui monte nettement plus haut que celle de nos voisins ! Jeanne d’Arc est bel et bien vengée !

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